Le projet LNG Canada franchit une étape déterminante dans la mise en service de son réservoir de stockage GNL :...
En un coup d’oeil
EPC, consortium Entrepose Contracting / Bouygues TP (Entrepose chef de file, ≈ 60 %)
Le terminal méthanier de Dunkerque LNG est l’un des plus vastes d’Europe continentale, avec une capacité de regazéification annuelle de 13 milliards de m³ (soit 20% de la demande française et belge). Situé au cœur du Grand Port Maritime de Dunkerque, ce site bénéficie d’une position stratégique à la jonction de la Manche et de la mer du Nord, permettant des connexions directes vers les réseaux nationaux.
Le projet mené par Entrepose Contracting, en consortium avec Bouygues TP, a consisté en l’EPC pour trois des plus grands réservoirs d’Europe, ainsi que l’intégralité des installations extérieures électro-mécaniques associées aux réservoirs, ce qui renforce la complexité et l’envergure des travaux réalisés, incluant :
Jean Caparros rejoint le chantier du terminal méthanier de Dunkerque en 2011 comme chef de projet, avant d’en prendre la direction en cours de réalisation. Trois réservoirs GNL de 190 000 m³, un périmètre étendu aux installations électromécaniques extérieures et un chantier mené au cœur d’un environnement portuaire : il revient sur ce qui a rendu ce projet différent des autres.
Qu’est-ce qui distinguait immédiatement le projet Dunkerque des autres chantiers sur lesquels vous aviez travaillé ?
D’abord son échelle. Le projet portait sur trois réservoirs GNL full containment de 190 000 m³ chacun, parmi les plus grands construits en Europe à cette époque. Chaque réservoir mesurait 92 mètres de diamètre et 51 mètres de hauteur.
Mais la véritable singularité du projet venait de son périmètre. Nous ne réalisions pas uniquement les réservoirs. Entrepose Contracting prenait également en charge l’ensemble des installations électromécaniques extérieures associées : environ 65 000 pouces de tuyauterie inox, 1 000 tonnes de structures métalliques et 92 kilomètres de câbles électriques.
Cette combinaison donnait au chantier une autre dimension. Il fallait construire les ouvrages, mais aussi maîtriser toutes les interfaces nécessaires à leur intégration dans le terminal.
En quoi ce périmètre élargi modifiait-il la conduite du chantier ?
Plus le périmètre est large, plus les interfaces deviennent déterminantes. Le génie civil, la construction des réservoirs, la tuyauterie, l’électricité, l’instrumentation et l’électromécanique devaient avancer selon une logique commune.
Une décision prise dans une discipline pouvait modifier les conditions d’intervention d’une autre équipe. Un retard sur une zone pouvait décaler une opération de montage, une livraison ou un essai. Il fallait donc disposer d’une vision très précise de l’enchaînement des activités.
Sur ce type de projet, on ne peut pas travailler en silos. Les équipes doivent partager les informations rapidement et comprendre les conséquences de leurs décisions sur les autres métiers. C’est cette coordination permanente qui permet de sécuriser le planning.
Quels ont été les principaux défis techniques ?
La taille des réservoirs imposait des méthodes de construction adaptées. L’enceinte extérieure en béton précontraint était réalisée par coffrage grimpant, tandis que le dôme métallique était assemblé au sol avant d’être levé pneumatiquement.
Ces opérations demandaient une préparation très rigoureuse. Il fallait contrôler les géométries, les interfaces et les conditions d’exécution avant chaque étape majeure.
Les travaux extérieurs de tuyauterie et d’électromécanique représentaient également un défi important. Contrairement aux activités réalisées à l’intérieur ou dans des zones protégées, ils restaient directement exposés aux conditions météorologiques du littoral.
Chaque difficulté technique devait être analysée en tenant compte de ses conséquences sur l’ensemble du chantier. Comme je le dis souvent : « Nous sommes généralistes, et même plus que ça : quand un problème survient, nous devenons spécialistes. »
Comment l’environnement portuaire influençait-il l’organisation des travaux ?
Nous travaillions au cœur du Grand Port Maritime de Dunkerque, dans un environnement industriel où les activités portuaires devaient continuer. Les accès, les flux logistiques et les déplacements d’équipements nécessitaient donc une coordination étroite.
Le vent constituait une autre contrainte très concrète. Il pouvait affecter les levages, les travaux en hauteur et certaines interventions extérieures. Il fallait surveiller les conditions, adapter les séquences et parfois revoir l’organisation de la journée.
Cette capacité d’adaptation était essentielle. Le planning devait rester robuste, mais il ne pouvait pas être figé. Sur le terrain, il faut savoir modifier l’ordre des opérations sans perdre de vue les objectifs généraux du projet.
Le chantier devait également respecter des exigences environnementales strictes liées à la proximité du milieu marin et des zones humides. Ces contraintes faisaient pleinement partie de la préparation et de l’exécution des travaux.
Le fait de réaliser ce projet en France créait-il des enjeux particuliers ?
Oui, car le contexte était différent de celui de nos nombreux projets internationaux. Il fallait maîtriser la réglementation française, le droit du travail, les relations avec les administrations et l’intégration du chantier dans le tissu industriel local.
Le projet bénéficiait également d’une forte visibilité. Le terminal est une infrastructure énergétique majeure pour la France et l’Europe, avec une capacité annuelle de regazéification de 13 milliards de mètres cubes.
Cette exposition renforçait l’exigence de rigueur. Il ne suffisait pas d’apporter une réponse technique : il fallait aussi anticiper les attentes des différentes parties prenantes et maintenir un dialogue constant avec le client, les partenaires et les acteurs locaux.
Qu’est-ce qui a permis aux équipes de tenir le cap pendant les périodes les plus exigeantes ?
Nous étions une équipe soudée. Sur un chantier de cette ampleur, les imprévus sont inévitables. La différence vient de la manière dont les équipes les traversent. Il faut pouvoir signaler rapidement une difficulté, réunir les bonnes compétences et chercher une solution sans perdre de temps.
La confiance joue un rôle essentiel. Lorsque chacun comprend les priorités du projet et accepte de partager les informations, les arbitrages sont plus rapides et les réponses plus efficaces.
À Dunkerque, cette cohésion a permis de faire travailler ensemble des profils très différents, autour d’un même objectif : livrer des ouvrages sûrs, conformes et intégrés au terminal.
Pourquoi parlez-vous de Dunkerque comme d’un chantier-école ?
Le projet a permis de recruter et de former des personnes du bassin dunkerquois. Certaines découvraient ces métiers ; d’autres ont développé de nouvelles compétences au contact des équipes expérimentées.
Sur un grand chantier industriel, une partie du savoir-faire s’acquiert directement sur le terrain. On apprend en observant, en pratiquant et en comprenant pourquoi chaque exigence de qualité ou de sécurité est importante.
« Avoir pu former des gens et les emmener avec nous, c’était une fierté personnelle. Certains travaillent encore aujourd’hui dans les bureaux d’Entrepose. »
Dunkerque n’a donc pas seulement permis de construire trois réservoirs. Le projet a aussi contribué à transmettre des compétences et à créer des parcours professionnels durables.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce projet ?
Dunkerque reste un projet marquant par sa taille, mais surtout par la diversité des défis qu’il réunissait : 3 ouvrages de très grande capacité, un périmètre électromécanique étendu, de nombreuses interfaces et un environnement portuaire exigeant.
Il a fallu conjuguer la maîtrise technique, l’anticipation, l’adaptation et le travail collectif. Aucun de ces éléments n’aurait suffi seul.
Ce que je retiens avant tout, c’est la capacité de l’équipe à faire face aux difficultés et à progresser ensemble. Les ouvrages livrés sont importants, bien sûr, mais les compétences développées et les personnes formées font également partie de la réussite du projet.